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Arctique

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Les aventures de l’Arctic Tern vers le Dernier refuge de glace – semaine du 1er au 8 juillet

Écrit par Valentine Ribadeau-Dumas

L’escale à Blanc-Sablon aura duré en tout 26 heures : arrivées de nuit le lundi 2 juillet à 1 h, nous rencontrons quelques pêcheurs locaux à notre réveil et entamons les conversations de routine sur le port (météo, trajet prévu, présence de glace ou non, etc.). Nous avons parfois un peu de mal à saisir l’accent local, mais nous nous rendons vite compte que nos accents néo-zélandais, québécois et français sont finalement les « étrangers » ici! Une journée d’escale bien remplie passe vite, merci encore à Trish Nash et à Rudolphe Jones pour leur aide précieuse et leur disponibilité! Nous rejoignons le monde des marins dès le mardi matin 3 h. Cette fois-ci, direction le Groenland… à moins qu’il n’y ait trop de brouillard ou trop de glace pour des navigations de nuit en sécurité.

Le brouillard est toujours en rendez-vous, mais, finalement, alors que nous laissons Belle-Isle sur bâbord, le soleil fait son apparition et nous redécouvrons enfin l’horizon! Le vent s’ajoute à la fête, nous savourons donc enfin quelques heures à la voile. Comble du bonheur : les premiers icebergs!

Les premiers icebergs

Massif et tellement impressionnant, on se sent bien petit à côté. La vigilance sera de mise pendant les quarts maintenant, le radar allumé presque constamment, il ne faudrait pas aller les titiller! Nous prenons donc tranquillement le rythme marin. On fait certaines choses en mer que l’on ne ferait jamais à terre, mais très vite, ici, elles semblent normales : on se réveille toutes les 6 heures pour son quart, qu’il soit midi, 18 h, minuit, ou 3 h; on dort sur sa bannette, calé entre des oreillers, la coque du bateau et une planche antiroulis; on cuisine à 45 degrés de la normale; on fait sa toilette sommairement, parce qu’une pompe manuelle sert de chasse d’eau; on fait la vaisselle à l’eau de mer; on soulève la table pour faire les pleins d’eau; on monte les voiles, les descend, les remet et on recommence selon la météo… et on parait aimer tout ça!

Le vent nous quitte malheureusement rapidement, nous devons donc remettre le moteur pour continuer notre route, le brouillard, par contre, semble vouloir nous tenir compagnie! La température extérieure baisse tranquillement, on range tour à tour, les shorts, les T-shirts et les tongs. Parfois, un rayon de soleil et tout est dehors de nouveau!

Le brouillard

Quelques compagnons de route s’improvisent équipiers au fil de l’eau : des fulmars boréaux, des macareux, deux baleines (rorquals communs) et même un chardonneret des pins que nous baptiserons Bob. Il revient chaque jour vers la mi-journée, ne parait pas très en forme et surtout bien loin de la terre pour un si petit oiseau! Il nous tourne autour, finit par trouver la porte du bateau et commence donc à entrer et sortir, rentrer et ressortir, pendant un moment. Il doit trouver qu’il fait bien chaud à l’intérieur! L’équipage devient un peu gaga de son 4e équipier et fait tout pour le garder à bord : on ira même jusqu’à imiter son cri (« ti-iiii ») si distinctif… Je vous laisse imaginer la scène! Certaines vidéos ne seront pas diffusées!

Pascale et le 4e équipier

Bob a la manœuvre

Nous sommes enfin au large : il n’y a plus de trafic, de pécheurs, côte à vue, de réseau de cellulaire. La sensation est différente. Cap sur Upernavik, où nous avons rendez-vous le 24 juillet avec les équipes du WWF et les scientifiques.

Grant prépare la route

Finalement, nous avons retrouvé le vent portant, ce qui fait la grande joie de l’équipage. Depuis hier, le vent du sud-est oscille entre 20 et 25 nœuds, ce qui donne une mer assez formée au fur et à mesure. Au revoir l’été « du sud » et bonjour l’été arctique : collants, doudounes, molleton polaire, bonnets, moufles, veste et pantalon étanche, tout est dehors… et d’ailleurs tout est vite trempé! Mais, on avance à près de 6 ou 7 nœuds et presque en ligne directe! Un mystère reste entier cependant : le brouillard ne semble pas vouloir se dissiper ou nous quitter. Deux hypothèses : nous sommes dans un banc de brouillard d’une surface inimaginable, reliant Terre-Neuve au Groenland… Ou ce banc nous entoure et s’est pris d’affection pour l’Arctic Tern 1. Quel que soit la force du vent et la température extérieure, il est là et bien là. Quand Bob n’est pas là, il devient donc notre 4e membre d’équipage!

L’horizon nous manque, mais l’Arctic Tern semble heureuse de naviguer dans ces contrées nordiques. Nous avons passé hier le 60e parallèle. Hier? Ou peut-être était-ce cette nuit, les jours et les nuits se ressemblent de plus en plus…