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Bâtir un monde où les humains pourront vivre en harmonie avec la nature


Remonter le courant

En temps « normal », ce sont par dizaines de millions que les saumons rouges du Pacifique convergent vers le fleuve Fraser. Pendant quelques semaines à l’automne, les saumons envahissent les cours d’eau à travers la moitié de la Colombie-Britannique, et les rivières petites et grandes grouillent de poissons mus par un instinct de vie vieux comme le monde, et qui assurent la survie des humains et des écosystèmes depuis des millénaires.
L’année 2009 n’a pas été une année normale. En fait, on a observé cette année-là et pour une troisième année consécutive, une baisse telle du retour des saumons que la pêche commerciale a dû être interdite. Les perspectives étaient on ne peut plus sombres, et l’on a craint une catastrophe écologique comparable à celle de l’effondrement des populations de morue de l’Atlantique. Aussi le premier ministre du Canada a-t-il créé une Commission d’enquête, dont il a confié la direction à l’estimé juge Bruce Cohen, chargée de faire enquête sur les causes du déclin des populations de saumon rouge, de dresser un portrait de l’avenir du saumon et de déterminer si des modifications devaient être apportées à la gestion de la pêche.

© Andrew S. Wright, WWF-Canada

L’année 2012 s’est avérée une meilleure année pour le saumon rouge. Il est encore trop tôt pour dire si le nombre accru de saumons retournant à leurs frayères depuis les dernières années révèle une encourageante tendance à long terme, mais le dépôt cette semaine du rapport final et des recommandations de la Commission Cohen est certainement porteur d’espoir.

Il ne fait aucun doute que le juge Cohen et son équipe ont pris leur tâche au sérieux. Pendant trois ans, la Commission a tenu des audiences publiques, a effectué des visites sur le terrain, a appelé des centaines de témoins au cours de la centaine de journées d’audiences qu’elle a tenues, et a étudié des centaines de milliers de documents. L’équipe a commandé plus d’une douzaine de rapports scientifiques détaillés à comité de lecture, et rédigé plus de 20 rapports de politiques et de pratiques.  Ne serait-ce que pour la somme de travail et la détermination des membres de la commission, l’exercice mérite notre appréciation.

Mais si la Commission a travaillé d’arrache-pied, elle l’a également fait dans le plus grand respect de l’esprit de la tâche qui lui était confiée. Ainsi le premier ministre a-t-il ordonné à la Commission de « de mener l’enquête en se gardant de jeter le blâme sur quelque individu, communauté ou organisation que ce soit, l’objectif global étant de préserver les stocks de saumon rouge et de favoriser une grande coopération entre les parties intéressées ». Autrement dit, l’objet de l’enquête n’était pas de trouver des coupables, mais bien des solutions.

Et c’est exactement ce qu’a fait la Commission, dont le rapport final présente 75 recommandations claires et précises en vue d’assurer la viabilité des populations de saumon sauvage. En outre, la Commission affirme que l’objectif premier de la réglementation du MPO doit être la conservation des poissons sauvages et que la Politique concernant le saumon sauvage et la Politique de gestion de l’habitat du poisson du gouvernement fédéral doivent être toutes deux mises en œuvre intégralement.

Mais surtout, le rapport et les recommandations ne se limitent pas au saumon du fleuve Fraser. Tout au long des conclusions de la Commission, l’on retrouve en effet les principes fondamentaux d’une saine et responsable gestion des ressources. Ainsi :

  • l’énoncé très clair que conservation et viabilité économique vont de pair – des mesures rigoureuses de conservation créeront les conditions favorables à des pêcheries viables, synonymes d’emplois et de santé des communautés;
  • la reconnaissance de la complexité, de la dynamique et de l’interdépendance des écosystèmes, et du fait que nous commençons à peine à prendre conscience de l’impact de l’activité humaine sur les cours d’eau, les océans et les espèces sauvages. Face à l’incertitude, une approche prudente et réfléchie – ce que l’on appelle en langage scientifique le principe de prudence – constitue notre meilleur atout pour une saine gestion;
  • l’engagement à agir. De bonnes lois qui ne sont pas mises en application ne servent à rien, de bonnes politiques qui restent sur les tablettes sont inutiles, et toute promesse de s’engager dans un processus décisionnel éclairé doit s’appuyer sur un investissement réel en recherche et en analyse sérieuses, et la volonté tout aussi réelle de prendre acte de leurs conclusions et de s’en inspirer.

WWF-Canada compte bien donner vie à ces principes dans le cadre de son action – en Colombie-Britannique et partout ailleurs au Canada – entourant les principaux enjeux soulevés par la Commission Cohen. Pour aujourd’hui, contentons-nous de remercier le juge Cohen et l’équipe de la Commission, ainsi que tous les participants aux audiences publiques pour le temps et l’expertise qu’ils ont apportés à la Commission. Et longue vie au saumon sauvage du Pacifique!