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Au Vietnam, l’aquaculture du pangasius sur une voie plus durable

À travers un trou béant dans le pont du bateau-vivier, des travailleurs retirent à l’aide de grands seaux bleus les poissons frétillants qu’ils ont récoltés à partir des immenses étangs d’élevage de la Hung Vuong Corporation.

Un travailleur de la société d’aquaculture Hung Vuong exhibe fièrement deux pangasius récoltés le jour même. © WWF-Canon / Greg Funnell

Leur prise, c’est le pangasius ou poisson-chat d’Asie, le type d’aquaculture qui connaît la croissance la plus rapide au monde. La ferme aquacole de l’entreprise, à Phu Tuc, au Vietnam, témoigne non seulement de l’importance qu’a acquise ce genre de production pour l’économie du pays, mais aussi des mesures entreprises pour faire en sorte que ce secteur se développe proprement, sans danger pour l’environnement.

Les seaux bleus sont acheminés à l’usine de conditionnement de l’entreprise, dans une vaste salle blanche illuminée par des rangées de lampes fluorescentes et où les travailleurs débitent les poissons en filets de chair blanche. Cette ferme, où l’on récolte assez de poissons pour produire 4 500 tonnes de filets chaque année, a récemment été accréditée par l’Aquaculture Stewardship Council (ASC), l’organisme international qui a établi des normes environnementales rigoureuses pour l’élevage des poissons et fruits de mer.

Le pangasius ou poisson-chat d’Asie. © WWF-Canon / Greg Funnell

Les règles de conduite de l’ASC sont l’aboutissement d’efforts menés pendant trois ans par le WWF pour convaincre les intervenants de l’industrie d’élaborer des normes d’aquaculture responsable. L’élevage de poissons et fruits de mer est un secteur agroalimentaire en pleine expansion partout dans le monde et pourrait constituer une source majeure de protéines pour l’avenir de l’alimentation planétaire.

Grandes promesses, grosse pression

Le Vietnam est à l’origine de 90 p. cent des exportations mondiales de pangasius, dont le volume a explosé pour atteindre aujourd’hui 50 fois ce qu’il était il y a à peine une décennie. La plupart de ces poissons sont élevés dans des étangs couvrant une superficie de 60 kilomètres carrés répartis dans neuf provinces du delta du Mékong, un habitat d’eau douce d’importance cruciale. En 2011, la production de pangasius d’élevage a totalisé 600 000 tonnes.

Ce système de production de masse est très efficace et s’avère une méthode viable, sur le plan commercial, pour fournir des protéines à une population mondiale en progression constante, qui pourrait atteindre 9 milliards d’ici 2050.

Des employés d’une des fermes aquacoles de la société Hung Vuong, dans le delta du Mékong, vérifient le poids des pangasius avant de les rejeter dans l’étang. © WWF-Canon / Greg Funnell

« Si nous voulons que l’aquaculture joue un rôle important dans l’alimentation d’une population croissante sur une planète aux ressources limitées, nous devons faire cela de la bonne façon, souligne Jose Villalon, vice-président responsable de l’aquaculture au WWF. Cela signifie qu’il nous faut aider l’industrie à produire davantage en consommant moins et à le faire de manière responsable sur le plan environnemental. »

L’expansion foudroyante de cette industrie exerce une forte pression sur l’environnement, surtout là où la réglementation est insuffisante. L’implantation de nouvelles fermes aquacoles peut dégrader, voire détruire des habitats fragiles, et aussi détourner ou polluer des cours d’eau. De plus, les pangasius qui s’échappent peuvent faire concurrence aux poissons sauvages et ainsi déséquilibrer des écosystèmes.

Ces poissons sauvages sont aussi victimes de l’élevage quand leurs propres sources d’alimentation sont monopolisées pour nourrir les pangasius. Enfin, les problèmes sanitaires qui affligent les fermes aquacoles sont souvent traités par l’usage inapproprié de médicaments vétérinaires et de produits chimiques qui peuvent avoir un effet négatif non seulement sur les populations de poissons sauvages, mais aussi sur l’environnement et la santé des humains.

Récolte artisanale du poisson dans un étang d’aquaculture du delta du Mékong. © WWF-Canon / Greg Funnell

Les producteurs de pangasius deviennent des alliés de la conservation

L’industrie vietnamienne du pangasius a adopté volontairement et vigoureusement les nouvelles normes d’élevage. De concert, le gouvernement du Vietnam et l’association des exportateurs vietnamiens se sont engagés à certifier la totalité des pangasius produits en aquaculture au pays d’ici 2015 et à faire en sorte que la moitié de ceux-ci respectent normes rigoureuses de l’ASC.

Le WWF travaille en collaboration avec 18 fermes d’élevage de pangasius au Vietnam, dont l’aquaculture de la société Hung Vuong à Phu Tuc, afin de les aider à se conformer aux normes de l’ASC. Une fois accréditées, ces 18 fermes produiront 9 % des exportations de pangasius du Vietnam, ce qui contribuera à la réalisation des engagements du pays en matière d’accréditation ASC.

Pour M. Duong Ngoc Minh, président de la société Hung Vuong, l’imposition de normes environnementales strictes constitue un investissement dans l’avenir.

Les pangasius récoltés dans les élevages sont conditionnés à l’usine Hung Vuong de la ville de My Tho, dans le delta du Mékong, pour être ensuite expédiés en portions congelées partout dans le monde. © WWF-Canon / Greg Funnell

Nourrir le monde

On prévoit que la consommation mondiale de poisson dépassera bientôt celle du bœuf, du porc et du poulet. Il est donc capital que l’aquaculture se fasse de manière responsable. L’entente de certification adoptée par le Vietnam est un exemple à suivre, qui illustre bien comment les gouvernements et les entreprises peuvent coopérer pour assurer l’avenir grâce au développement durable.

Pour la société Hung Vuong, cet avenir est aujourd’hui même. L’entreprise produira 200 000 tonnes de filets de pangasius congelés en 2012. La plupart seront vendus en Europe et aux États-Unis sous diverses appellations comme poisson-chat ou panga. Et maintenant, un pourcentage croissant de ce poisson sera accrédité aux normes environnementales de l’ASC en acompte sur l’objectif de 2015.

M. Minh considère cet héritage bien plus important que son entreprise florissante : « Je crois qu’à l’avenir, le poisson d’élevage comme le pangasius jouera un rôle déterminant dans l’alimentation mondiale, surtout avec le déclin continu des stocks de poisson sauvage. »