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« Ça n’arrivera pas chez nous »? On a dit ça avant l’Exxon Valdez!

Que dire de la déclaration aussi catégorique que sans fondement du ministre canadien des Ressources naturelles, voulant qu’un déversement du type de l’Exxon Valdez, ça n’arrivera pas chez nous?

Rappelons d’abord les propos d’un autre politicien décidé à faire accepter son projet, feu le sénateur Ted Stevens qui avait juré la main sur le cœur devant les pêcheurs de Cordova, en Alaska, que « pas une goutte » de pétrole ne serait jamais déversée dans la baie du Prince William. C’était avant, bien sûr, que le nom du pétrolier Exxon Valdez  ne devienne synonyme de catastrophe environnementale.

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Photo avec l’aimable autorisation des Alaska Resources Library and Information Services.

Lorsque le gros pétrolier s’est échoué sur le récif Bligh, huit de ses onze soutes à pétrole ont été perforées, déversant dans l’océan une quantité estimée à 11 millions de gallons de pétrole brut. La mer était calme au moment de l’accident, mais cela n’a pas empêché le pétrole de se répandre rapidement et d’atteindre les côtes. Le brut a contaminé 3 000 kilomètres de côtes, tuant des milliers d’oiseaux de mer, de loutres de mer, de pygargues à tête blanche et une vingtaine d’épaulards. C’en était terminé de la pêche au hareng. Et malgré l’ampleur de l’opération de nettoyage, qui a mobilisé 10 000 travailleurs, on trouve encore du pétrole dans les moulières et les zones intertidales rocheuses. Et ce n’est pas fini – les tempêtes hivernales font encore aujourd’hui ressurgir des gouttes de brut, et le produit n’a rien perdu de sa toxicité. On a estimé à des dizaines de milliards de dollars l’impact sur l’économie locale – perte de revenu de pêche de subsistance, effondrement de la pêche commerciale et du tourisme – et les luttes juridiques qui en ont découlé ont durement effiloché le tissu social.

La dévastation – l’environnement et les communautés de la baie du Prince William ont été également touchés – qu’a laissée derrière elle la catastrophe de l’Exxon Valdez doit nous servir de mise en garde : la côte nord de la Colombie-Britannique pourrait être victime de pareille tragédie si le projet d’oléoduc Northern Gateway voyait le jour.

De plus, selon une étude qui vient tout juste de paraître, publiée par Thomas Gunton et Sean Broadbent de l’université Simon Fraser, le risque réel de catastrophe est bien plus élevé que ce que voudrait nous faire croire l’industrie pétrolière. En effet, l’étude publiée par l’université Simon Fraser ne prévoit peut-être pas un désastre de l’ampleur du déversement de l’Exxon Valdez, mais elle estime qu’il est inévitable qu’au moins un pétrolier déverse 1 000 barils ou plus de condensats ou de pétrole d’ici les 50 prochaines années, et qu’en fait on pourrait bien assister à un déversement à tous les 5 à 12 ans.

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Photo fournie avec l’aimable autorisation des Alaska Resources Library and Information Services.

Quiconque s’imagine que les risques de déversement de pétrole sont plus faciles à gérer qu’à l’époque de l’Exxon Valdez devrait lire le dossier préparé par le Fonds mondial pour la nature à l’occasion du 20e  anniversaire de la catastrophe, intitulé Lessons Not Learned. Dure leçon, dont nous devrions tirer les bonnes conclusions.

Ne nous laissons pas berner par les affirmations frivoles du ministre Oliver lorsqu’il tente de nous faire croire que « ça n’arrivera pas chez nous ». Prouvons que nous avons tiré une leçon des catastrophes du passé et interdisons aux pétroliers de menacer nos côtes pour que ça n’arrive pas chez nous.