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Bâtir un monde où les humains pourront vivre en harmonie avec la nature


Qu’est-ce que le Canada devrait faire à propos de sa Loi sur les espèces en péril? S’inspirer de La Fontaine!

Connaissez-vous la fable Phébus et Borée de Jean de La Fontaine? Borée (le vent) lance un défi de pouvoir à Phébus (le soleil) : celui des deux qui enlèvera son manteau au cavalier cheminant sous eux gagnera le pari. Borée commence, soufflant de toutes ses forces pour arracher le manteau. Mais plus le vent s’acharne sur lui, plus le voyageur serre les pans de son habit, l’empêchant de s’envoler. À bout de souffle, Borée cède la place au soleil. De ses beaux rayons, Phébus dissipe les nuages et réchauffe le voyageur épuisé. Ce dernier lève les yeux au ciel, sourit de contentement et retire son épais manteau.

La morale de la fable est simple : « Plus fait douceur que violence. » Les humains réagissent mieux à la motivation qu’à la contrainte. Voilà une leçon que les gens comme nous qui se préoccupent de l’avenir des espèces en péril du Canada devraient prendre à cœur. Je vous explique.

Caribou de la toundra,  Territoires du Nord-Ouest, Canada

© Jeremy HARRISON / WWF-Canada

Le problème est que l’espace qu’occupent les humains et celui des espèces en péril se chevauchent. Nombre d’espèces sont en danger parce que les activités humaines empiètent sur leur territoire séculaire et altèrent les habitats dont ils ont besoin pour survivre. Mais les êtres humains qui vivent des fruits de la terre et de l’eau dépendent de ces mêmes espaces. Que faire, alors?

Pour certains, c’est une situation de gagnant et de perdant : les agriculteurs et les pêcheurs gagnent bien leur vie, ou ce sont les blaireaux, les caribous et les baleines qui prolifèrent. Toutefois, le choix entre les deux options ne s’impose pas réellement, car il ne tient pas compte de la vraie signification du concept de gestion efficace des écosystèmes où cohabitent les animaux et les humains.

Dans d’autres pays, les politiques et pratiques de conservation des espèces suivent une logique différente. Au Royaume-Uni, par exemple, où je travaillais avant d’arriver au Canada, le gouvernement et les propriétaires terriens s’organisent pour être partenaires plutôt qu’adversaires en matière de conservation. En vertu du Wildlife & Countryside Act (Loi sur la faune et la campagne), ils négocient des accords de conservation spécifiques pour chaque lieu ou région, qui déterminent la tolérance et les limites des activités humaines autour des habitats importants. Et ça fonctionne parce que les gens – les agriculteurs, les éleveurs et les forestiers – assurent ensemble la bonne intendance de ces zones sensibles grâce à des incitatifs financiers préétablis et inscrits dans les ententes de conservation. On considère là-bas qu’ils fournissent un service à la nation – la protection d’habitats précieux – et à ce titre, ils reçoivent le respect qui leur est dû, en plus d’une motivation économique. Cette méthode donne de bons résultats depuis plus de 30 ans.

Blaireau d'Amérique, Canada

© Gordon COURT / WWF-Canada

C’est cette approche alternative à la coercition que préconisent ensemble le WWF-Canada et les chefs de file du secteur des ressources naturelles, la méthode qu’ils pressent les divers paliers de gouvernement du Canada d’adopter. De fait, notre Loi fédérale sur les espèces en péril permet ce genre de coopération progressiste. Malheureusement, on tarde à utiliser pleinement ces éléments de la loi.

Il y a cependant une chose que j’ai apprise de mes six ans comme membre du comité consultatif sur les espèces en péril auprès du ministre fédéral de l’Environnement, et c’est que sur les quais de pêche, dans les fermes et sur les terres à bois, la majorité des gens veulent agir de la meilleure façon. Ils veulent aider les espèces qui vivent dans ces zones exceptionnelles de la nature dont ils sont responsables. Et ils veulent les protéger tout en continuant de gagner leur vie honorablement. Aucune des personnes avec qui j’ai travaillé ne voudrait que notre Loi sur les espèces en péril soit abrogée. Personne ne veut voir d’autres espèces décliner et disparaître.

De mon point de vue, ces gens-là ne sont pas l’ennemi. Nous sommes tous des voyageurs cheminant sur la même route. Au lieu d’essayer de balayer d’un coup de vent les progrès accomplis jusqu’ici dans la protection et le rétablissement des espèces, nos gouvernements devraient mener la marche et éclairer la voie d’un bon rayon de soleil réconfortant. Allez, Canada, il est temps de faire ce qu’il faut et de bien le faire!