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L’Australie donne l’exemple et fait rimer conservation des océans avec développement économique

Cet article a été publié initialement dans le Hill Times du 9 septembre 2013

Les océans du Canada sont une ressource inestimable à tous les points de vue. Pêche, navigation, exploration sont au cœur de notre histoire et de notre mode de vie, et nos ressources marines ont une énorme et bien concrète valeur économique.

Selon les chiffres du gouvernement canadien, les secteurs d’activité économique liés aux océans – ce qui comprend notamment la pêche, le tourisme et l’exploitation pétrolière et gazière en mer – contribuent plus de 28 G$ au PIB et représentent plus de 300 000 emplois directs et indirects.

Cependant, scientifiques et protecteurs de l’environnement ont exprimé de sérieuses inquiétudes au sujet de la santé des océans dans le monde. L’on sait que les stocks de poissons atteignent des seuils critiques – 85 % des ressources sont exploitées au maximum de sa capacité, voire surexploitées. Mais la surpêche n’est pas la seule menace à la vitalité de nos océans, qui sont confrontés à la pollution, à l’acidification et à la destruction d’habitats, qui mettent à mal la vitalité des fragiles écosystèmes marins.

Or, malgré la série d’engagements internationaux qu’a pris le gouvernement du Canada de réserver 10 pour cent de nos océans d’ici 2020 pour en faire des sanctuaires marins, à peine plus de 1 pour cent de cet immense territoire est protégé à l’heure actuelle. En matière de protection des grands écosystèmes marins, nous accusons un énorme retard sur la communauté mondiale, et cela pourrait être lourd de conséquences sur le plan environnemental, bien sûr, mais économique également.

En revanche, l’Australie qui a créé le plus grand réseau de sanctuaires marins – qui comprend notamment le parc marin de la Grande Barrière de Corail – prend clairement les devants de la protection des océans. L’Australie a placé 36 pour cent de ses océans en mode de gestion écologique durable, et 13 pour cent sous protection totale, où la pêche est interdite. Ce louable effort de protection est attribuable à l’administration du gouvernement conservateur de John Howard qui a poursuivi et mené à terme en 2012 le gouvernement travailliste actuel. Ce réseau de sanctuaires marins assure la protection d’un grand nombre d’espèces menacées de coraux, et la préservation de l’habitat de centaines d’espèces marines menacées.

Grande Barrière de Corail, Australie© Jürgen Freund / WWF-Canon
Vue aérienne de l’île Lizard. Grande Barrière et mer de Corail, Australie

Mais ce réseau de sanctuaires marins offre également des avantages économiques. De fait, une importante étude réalisée en 2010 par le Allen Consulting Group démontrait que loin de nuire à l’économie, le projet de sanctuaires marins pourrait dégager des avantages économiques bien concrets. L’étude prévoyait une hausse de 20 pour cent des revenus tirés du tourisme ainsi que des avantages à plus long terme, par exemple des stocks de poissons plus en santé et une protection contre les chocs auxquels fait face l’industrie de la pêche au homard en Australie.

Les chefs de file locaux et du milieu des affaires ainsi que la population se sont regroupés pour apporter leur appui au projet de sanctuaires marins. Le gouvernement australien a reçu des centaines de milliers de mémoires soutenant le projet, et les études menées auprès de la population australienne ont relevé un pourcentage d’appui de l’ordre de 60 pour cent en faveur d’un plan de protection du tiers, voire davantage, de la superficie des océans de l’Australie.

L’expérience australienne de création du plus grand réseau de sanctuaires marins montre bien que la protection des océans peut être assurée de manière à procurer des avantages économiques et environnementaux, avec l’appui des citoyens et des parties prenantes.

Les citoyens du Canada savent que si nous ne mettons pas en place des mesures de saine gestion des ressources de nos océans, nous devrons faire face à des conséquences très graves. Le moratoire de 1992 sur la pêche à la morue du Nord a entraîné la plus grande perte d’emplois de toute l’histoire du Canada – plus de 30 000 personnes se sont retrouvées sans travail, ce qui a eu un effet dévastateur pour les collectivités qui vivaient de la pêche à la morue. Les sondages révèlent également que la population est en faveur d’une croissance économique et de la création d’emplois, mais pas au prix de la dégradation de l’environnement.

Nous pourrions éviter que se reproduise une telle catastrophe écologique et économique, mais il faudra que la classe politique fasse preuve de leadership pour assurer la protection des habitats marins et des industries qui dépendent des océans. Le gouvernement a réalisé quelques progrès au cours des dernières années – parcs marins et zones protégées dans des régions fragiles comme la zone d’intérêt du Banc de Ste-Anne au large du Cap Breton, la zone marine protégée de Musquash au large du Nouveau-Brunswick, Tarium Niryutait en Arctique et l’archipel de Gwaii Hanaas et le mont de mer Bowie en Colombie-Britannique –, mais nous devrons faire plus et procéder rapidement pour respecter nos engagements internationaux et faire en sorte que nos océans foisonnent de vie et demeurent productifs pour les générations à venir.