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Bâtir un monde où les humains pourront vivre en harmonie avec la nature


Gérer le risque climatique

JIm Leape, DIrector General of WWF International

Par Jim Leape, Directeur général, WWF International

Comme moi, vous détenez sans doute une assurance habitation. Le risque de voir votre maison partir en fumée est peut-être faible, mais il existe quand même. Il est donc logique de se prémunir au cas où ça arriverait. En d’autres mots, prévoir l’incendie de sa maison, c’est de la gestion de risque.

Un événement important se prépare dans le domaine des changements climatiques – la publication prochaine du Cinquième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – et dans ce contexte, il convient de penser aux changements climatiques en termes de gestion de risque.

Si vous croyez que j’exagère en partant du risque d’incendie d’une maison pour arriver au risque de catastrophe climatique, laissez-moi vous expliquer. Le Cinquième Rapport d’évaluation du GIEC – AR5 comme on l’appelle dans le jargon des spécialistes – est un énorme document, fruit d’un gigantesque travail auquel ont participé des centaines de scientifiques de partout dans le monde. Avec ses milliers de pages, il constitue l’analyse la plus complète des changements climatiques, le bilan faisant autorité en la matière. Tous les six ans, ces rapports du GIEC sont publiés en quatre parties, soit les rapports de trois équipes de travail et un rapport de synthèse regroupant l’essentiel des trois autres. Les rapports d’équipe s’attachent respectivement à la science du climat, aux impacts et à l’adaptation, ainsi qu’à l’atténuation des changements climatiques.

Un document d’une telle envergure est nécessairement complexe, nuancé et détaillé, mais au cœur du prochain Rapport d’évaluation, dont la première partie sera publiée à la fin de septembre cette année, se trouve un message bien simple.

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Les lumières de la ville de Chicago éclairent la nuit en consommant de grandes quantités d’électricité.
Illinois, États-Unis © National Geographic Stock / Jim Richardson / WWF

On pourra y lire que le climat planétaire change; que les émissions humaines sont le principal moteur de ce changement et que la science en fait la preuve avec plus de certitude que jamais; que les risques posés par les changements climatiques sont énormes.

Les gouvernements des États membres de l’ONU doivent approuver les rapports du GIEC : par leur signature, ils signifient qu’ils en acceptent les conclusions. C’est le point névralgique du processus, car malgré le signal d’alarme que donne ce rapport du GIEC, à l’instar de tous ceux qui ont précédé, le fossé – entre les mesures essentielles préconisées par la science pour empêcher l’avènement de dérèglements climatiques incontrôlables d’une part, et les actions des gouvernements de la planète d’autre part –  est immense, un véritable gouffre.

Ce qui me ramène à la gestion de risque. Étant donné que le GIEC et d’autres instances comme la Banque mondiale nous disent que les risques posés par une planète qui se réchauffe sont énormes, comment se fait-il que notre réaction soit si faible?

Nous connaissons les solutions. Prenons par exemple le secteur de l’énergie : c’est la plus grande source humaine d’émissions de gaz à effet de serre et il nous faut donc « décarboniser » le secteur énergétique. Il faut abandonner les combustibles fossiles et adopter des énergies propres et renouvelables. La dépendance mondiale aux combustibles fossiles nous fait courir d’énormes risques environnementaux, sociaux et économiques.

Nous devons éliminer progressivement les investissements dans les combustibles fossiles, en particulier dans le charbon, et placer cet argent dans le secteur des énergies renouvelables. C’est dans cet esprit que le Fonds mondial pour la nature a lancé sa campagne de pétition mondiale Seize Your Power faisant appel aux gouvernements et institutions financières du monde entier pour qu’ils augmentent d’au moins 40 milliards de dollars US leurs investissements dans les énergies renouvelables au cours des 12 prochains mois.

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La centrale solaire Andasol près de Guadix, en Andalousie, en Espagne, est la première centraile solaire thermique au monde.
Inaugurée en 2009, elle produit environ 180 GWh par an, fournissant assez d’énergie pour environ 200 000 personnes.
© réchauffement images globales / WWF-Canon

Ce n’est peut-être qu’un début, mais à long terme, la transition vers les énergies propres et renouvelables est la seule option viable. Les recherches menées par le Fonds mondial pour la nature (Rapport sur l’Énergie) montrent qu’il est possible de faire fonctionner le monde entier aux énergies renouvelables seulement. Ce choix n’est pas seulement le meilleur, c’est le seul qui nous soit permis parce que la façon dont nous produisons et consommons l’énergie aujourd’hui sur Terre n’est tout simplement pas viable.

Et ne faites pas l’erreur de penser qu’il existe des raccourcis. Ce serait bien si c’était vrai que, comme certains veulent nous le faire croire, il nous suffit de passer aux énergies fossiles « propres » comme les gaz de schiste ou le
« charbon propre », mais ce n’est pas le cas.

En fin de compte, je reviens au message simple et direct que nous envoie la science : le climat change; c’est surtout l’humanité qui est à blâmer; nous n’en faisons pas assez; l’échéance approche. Mais il nous reste encore assez de temps pour empêcher que se produisent les pires effets des changements climatiques. Il faut seulement que le monde agisse beaucoup, beaucoup plus pour conjurer ce risque existentiel qui menace la vie sur Terre.

Jim Leape est directeur général du Secrétariat international du WWF. Diplômé du Harvard College et de la Harvard Law School, M. Leape a commencé sa carrière comme avocat de l’environnement aux États-Unis, en conseillant le Programme des Nations Unies pour l’environnement à Nairobi, au Kenya. Il est aussi co-auteur du premier texte américain sur le droit de l’environnement. Il travaille en conservation depuis plus de trois décennies.