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Le Gully, zone protégée d’un gigantesque canyon sous-marin, fête ses 10 ans

À quelque 200 kilomètres au large des côtes de la Nouvelle-Écosse se trouve un site naturel fabuleux, un canyon sous-marin d’une profondeur à faire rougir le Grand Canyon! Ce canyon, situé à proximité de l’île de Sable, c’est Le Gully,l’un des sites géologiques sous-marins les plus stupéfiants de toute la côte Est de l’Amérique du Nord.

Cette structure géologique incroyable a évidemment un impact important sur l’écosystème environnant, et c’est pourquoi on y a créé il y a dix ans la première zone de protection marine (ZPM) de la côte Est du Canada (en anglais), et la deuxième ZPM créée au pays.

The Gully© Pêches et Océans Canada

Dans une perspective de conservation, cette désignation arrivait à point nommé. C’est bien sûr formidable de protéger une région aussi spectaculaire et toute la faune et la flore qu’elle abrite, mais surtout, la création de cette zone de protection matérialisait de manière éclatante l’approche intersectorielle de conservation des océans. En effet, la protection de la région du Gully est le fruit du travail d’individus de tous les horizons – scientifiques, ONG, gouvernement et secteur privé ont travaillé ensemble à faire en sorte que cette zone soit protégée.

Cette région m’est particulièrement chère, car j’ai eu l’immense chance de la parcourir en voilier pendant les nombreuses années que j’ai consacrées à l’étude de la baleine à bec – qui plonge à des profondeurs époustouflantes – avec l’équipe du professeur Hal Whitehead de l’université Dalhousie. J’ai eu plus d’une fois l’occasion d’admirer la beauté de cette région et de constater l’immense richesse de la faune qui l’habite.

La personne la mieux placée pour parler du Gully est sans conteste le professeur Whitehead, une sommité mondiale en matière de cétacés. Hal Whitehead a entrepris l’étude de la baleine à bec du Gully en 1988, ce qui en fait l’une des premières personnes dans le monde à étudier une population sauvage de baleines à bec.

Mais comme il a pu le constater au cours de ces nombreuses années de recherche, la région du Gully abrite également une formidable diversité d’espèces.

À la surface de l’eau, les oiseaux marins sont légion: puffin majeur, goéland marin, fulmar et, l’un des plus étonnants oiseaux marins plongeurs, le fou de Bassan.

Great Shearwater, Bay of Fundy, New Brunswick, Canada.Puffin majeur, baie de Fundy, Nouveau-Brunswick, Canada. © Barrett & MacKay / WWFCanada

Sous la surface, on retrouve une variété impressionnante de poissons, y compris des espèces commerciales comme l’espadon et le thon rouge. La tortue luth, une espèce en voie de disparition, habite également cette zone, de même qu’une grande variété de requins.

Northern bluefin tuna, CanadaThon rouge du Nord, Canada. © Gilbert Van Ryckevorsel / WWFCanada

Dans les grandes profondeurs du Gully se réfugient certains des animaux les plus beaux et fragiles de la planète, comme les coraux d’eau froide et les délicats pennatulidas. On trouve dans Le Gully une des plus grandes concentrations de coraux divers de toute la région Atlantique canadienne. On a identifié à ce jour environ 30 espèces différentes, dont les colonies créent de véritables forêts au fond de la mer et constituent de fabuleux habitats pour une multitude d’espèces.

Gorgonian Coral and Redfish, Northeast Channel, Atlantic OceanGorgone et sébaste, Le Gully, Canada. © Don GORDON / WWFCanada

Et bien sûr, les grands fonds marins abritent eux aussi quantité d’espèces – le fond boueux regorge de vers, étoiles de mer, anémones et mollusques, sans parler des crabes, pieuvres et poissons de grands fonds comme la raie abyssale.

Mais surtout, Le Gully accueille une diversité d’espèces de ma famille préférée, les cétacés. Globicéphale noir, épaulard, rorqual à bosse et plusieurs espèces de dauphins fréquentent régulièrement la région, tandis que d’autres espèces comme le cachalot et la baleine à bec, qui plongent en profondeur, en sont des résidents permanents.

Long-finned pilot whale, Falkland IslandsUn globicéphale noir (Globicephala melas) nageant à la surface de l’eau © Natalie Bowes / WWF-Canada

Enfin, Le Gully abrite la baleine bleue (ou rorqual bleu), qui est en voie de disparition. Animal fabuleux s’il en est, la baleine bleue peut atteindre une longueur frisant les 30 mètres, ce qui en fait le plus grand animal vivant de notre planète! Être hors du commun, le rorqual bleu est magnifique à observer.

Tout cela pour dire que 10 ans, ça se fête, non? Mais les célébrations sont assombries par une menace pesant sur la région. En effet, il est question de mener des activités d’exploration sismique aux abords de cette ZPM, ce qui menace sérieusement ce formidable écosystème et les espèces qui l’habitent.

Les tests sismiques n’ont pas leur place dans des habitats essentiels comme Le Gully ni dans leurs alentours, surtout que l’on ne connaît pas encore bien leur impact sur des espèces fragiles comme la baleine à bec menacée de disparition.

Alors ces 10 ans du Gully, je vais les célébrer avec une certaine réserve. Célébrons l’effort de conservation et continuons de protéger une région extraordinaire et unique au Canada.