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Le réchauffement de l’Arctique entraîne le déclin d’une sous-population d’ours polaires

La semaine dernière, j’ai mangé en compagnie d’ours polaires. J’étais à Churchill, au Manitoba, où près d’un millier d’ours blancs se retrouvent chaque année pour attendre le retour des glaces dans la baie d’Hudson. Il y a longtemps que je vis dans le Nord, mais je n’ai que rarement rencontré des ours, et j’étais très excité à l’idée de prendre l’avion – et aller au sud! – pour voir les ours de Churchill. La rencontre valait le déplacement!

Ours blanc (Ursus maritimus), Churchill, Manitoba, Canada. © Marie-Chantal MARCHAND / WWF-Canada

Ours blanc (Ursus maritimus), Churchill, Manitoba, Canada. © Marie-Chantal MARCHAND / WWF-Canada

La plupart des ours que nous avons vus étaient en assez bonne santé, et semblaient avoir accumulé suffisamment de graisse pendant l’été pour traverser la période – de plus en plus longue – de jeûne. À Churchill, qui se trouve à la limite sud du territoire de l’ours polaire, le réchauffement de l’Arctique se fait néanmoins bien sentir, et le recul des glaces rend difficile l’accès aux proies dont l’ours se nourrit.

Recul de 40 % de la population d’ours polaires dans la zone sud de la mer de Beaufort.
Et d’autres populations d’ours sont également en déclin. En effet, une nouvelle étude publiée aujourd’hui démontre que d’autres populations d’ours occupant une zone limite du territoire font face à une situation périlleuse – dans le cas qui nous intéresse, la sous-population de la zone sud de la mer de Beaufort a subi un déclin de 25 à 50 % de 2001 à 2010. L’étude, intitulée Polar bear population dynamics in the southern Beaufort Sea during a period of sea ice decline, associe clairement le recul des glaces de mer au déclin des populations d’ours polaires. Le constat n’est guère rassurant, mais il était prévisible. De fait, les experts avaient déjà prévu que les impacts du réchauffement de l’Arctique sur l’ours blanc se feraient sentir d’abord dans les zones limites du territoire des ours, comme le sud de la mer de Beaufort et l’ouest de la baie d’Hudson.

Jeune ours blanc (Ursus maritimus) s’ébrouant après s’être roulé dans la neige, mer de Beaufort, Alaska. © naturepl.com / Steven Kazlowski / WWF-Canon

Jeune ours blanc (Ursus maritimus) s’ébrouant après s’être roulé dans la neige, mer de Beaufort, Alaska. © naturepl.com / Steven Kazlowski / WWF-Canon

Investissement en recherche
De telles hypothèses expliquent pourquoi le WWF-Canada et autres organismes investissent depuis quelque temps déjà dans la recherche sur l’ours blanc et la glace de mer dans ces régions, car cette recherche révèle, tel le canari dans la mine, les dangers qui guettent l’Arctique. Il est essentiel que les communautés et les décideurs fondent leurs décisions relatives au développement économique, à la récolte de ressources et autres activités sur une information pertinente reflétant la réalité actuelle. Autrement dit, il faut mener une recherche qui réunira les connaissances scientifiques et le savoir traditionnel afin de dresser un portrait net et actuel de l’état des populations d’ours blancs dans la région.

Agir en matière climatique
S’il y a une chose que l’on sait, c’est que le réchauffement planétaire agit sur l’Arctique beaucoup trop rapidement pour que l’ours blanc ait le temps de s’adapter. La première chose à faire est donc d’agir sans attendre en matière climatique. Nous espérons que la nouvelle dynamique dans laquelle s’engagent de grands chefs d’états nous mettra enfin sur la voie d’une action bien réelle sur le plan climatique. La pression augmente, et cela est partiellement attribuable aux impacts indéniables sur l’Arctique du réchauffement planétaire. Le temps est venu de nous détourner des combustibles fossiles et de nous engager sur la voie d’une économie responsable et durable, pour l’avenir de l’Arctique et de la planète toute entière.

Je vis en Arctique, et je vois bien ce que le réchauffement climatique met à risque ici – une région d’une culture et de traditions d’une grande richesse, le territoire historique d’un peuple remarquable, un territoire naturel d’une extraordinaire vitalité, et certaines des espèces les plus emblématiques du Canada. À nous de leur assurer un avenir viable.