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Interdiction de la chasse au caribou dans l’île de Baffin : une épreuve de courte durée pour un gain à long terme

Le 1er janvier 2015 prenait effet le moratoire temporaire, décrété par le gouvernement du Nunavut, sur la chasse au caribou dans l’île de Baffin. Il s’agissait d’un premier répit historique pour cette population de caribous de la toundra (Rangifer tarandus groenlandicus) dont le nombre a diminué de près de 90 % au cours des 20 dernières années, surtout à cause des cycles naturels de peuplement. Le fait d’imposer un moratoire sur la chasse au moment où le cycle démographique naturel du caribou est à son plus bas est une bonne décision qu’appuie le WWF-Canada.

Deux jeunes caribous de Peary (Rangifer tarandus pearyi), île Ellesmere, Nunavut, Canada. © Paul Nicklen - National Geographic Stock - WWF-Canada

Deux jeunes caribous de Peary (Rangifer tarandus pearyi), île Ellesmere, Nunavut, Canada. © Paul Nicklen – National Geographic Stock – WWF-Canada

Le ministre de l’Environnement du Nunavut, Johnny Mike, a souligné l’importance des enjeux dans un communiqué du 20 décembre où il qualifiait la situation d’« urgente ». Il a par ailleurs déclaré que « si nous n’arrêtons pas la chasse maintenant, les conséquences seront permanentes. Il n’y aura plus de caribous sur l’île de Baffin et la culture inuit en souffrira encore davantage. »

Sa déclaration s’appuyait sur un relevé aérien de 2012 dénombrant entre 3 500 et 6 000 de ces ongulés dans l’île nordique, alors qu’on en comptait environ 330 000 dans les années 1990. Le gouvernement du Nunavut explique, dans un exposé sur la question, que « le nombre de caribous augmente jusqu’à ce qu’il excède la capacité biotique de l’environnement, puis ce nombre chute abruptement pour atteindre un seuil très bas jusqu’à ce que le territoire se rétablisse, et alors le cycle recommence. » L’étude de rapports antérieurs démontre que c’est effectivement le cas : dans les Territoires du Nord-Ouest, les populations de caribous étaient peu nombreuses dans les années 1920, puis elles ont considérablement augmenté dans les années 1940, et le même cycle de creux et de pointes s’est reproduit entre les années 1950 et 2000.

Mais en plus de ces cycles naturels de fluctuation démographique, de nombreuses autres pressions menacent la survie à long terme des caribous d’un bout à l’autre de l’Arctique.

Les scientifiques s’inquiètent des effets des changements climatiques sur la capacité qu’aura la harde de l’île de Baffin de trouver du lichen, principale source d’alimentation du caribou. Le réchauffement des températures moyennes et les précipitations plus abondantes peuvent occasionner des recouvrements plus fréquents du lichen et des autres végétaux nourriciers par d’épaisses couches de neige et de glace que les caribous ne peuvent percer avec leurs sabots. Si l’on ajoute à cela le développement industriel croissant du Grand Nord et la pression qu’exerce la récolte par les chasseurs, on se rend à l’évidence que d’importantes mesures s’imposent pour protéger l’avenir de l’espèce.

Et cela s’avère d’autant plus pressant quand l’on considère l’immense défi de sécurité alimentaire et de survie culturelle que le déclin de la population de caribous pose aux Nunavummiuq, les habitants du Nunavut en langue inuktituk. L’espèce est en effet une importante source de nourriture et de vêtements sur l’île de Baffin, même si seulement une poignée de gens ont pu chasser le caribou pour leur subsistance ces dernières années.

Vue aérienne de la baie Isabella (ou Niginganiq) vers l'est, île de Baffin, Nunavut, Canada. © Peter Ewins - WWF-Canada

Vue aérienne de la baie Isabella (ou Niginganiq) vers l’est, île de Baffin, Nunavut, Canada. © Peter Ewins – WWF-Canada

Outre le moratoire sur la chasse, d’autres mesures sont nécessaires, comme une meilleure protection des aires de mise bas et d’élevage grâce à une planification territoriale qui tient compte des habitats essentiels du caribou au Nunavut et partout dans l’Arctique. Le WWF-Canada souligne que la dernière version du Plan d’aménagement des terres du Nunavut ne protège pas adéquatement les zones cruciales pour la survie de l’espèce. Il faut renforcer les mesures de protection du Plan d’aménagement des terres et élaborer une stratégie d’intendance à long terme du caribou pour s’assurer que cette espèce emblématique continuera de faire partie du fabuleux paysage nordique du Canada. Et il importe encore plus que la communauté internationale parvienne à un accord efficace obligeant tous les pays à réduire de façon draconienne les émissions de gaz à effet de serre (GES) partout dans le monde. Les changements climatiques n’ont pas été provoqués par les habitants du Grand Nord et pourtant, ils souffriront hors de toute proportion de leurs conséquences.

L’interdiction de la chasse est un pas dans la bonne direction, témoignant du refus du gouvernement du Nunavut de jouer à la roulette avec ses ressources naturelles. Nous espérons qu’il fera preuve de la même détermination dans sa planification territoriale. Et nous espérons aussi que les grandes nations du monde, y compris le Canada, se montreront aussi déterminées à Paris, en décembre prochain, pour conclure un accord contraignant sur une réduction considérable des émissions de GES. Si l’on parvient à atténuer toutes ces pressions qui s’exercent sur l’environnement de l’Arctique, les communautés nordiques et la nature dont elles dépendent pourront alors prospérer.

Le chasseur inuit Thomas Nutararearq, équipé de vêtements en peau de caribou et de sa carabine de chasse , île de Baffin, Nunavut, Canada. © Staffan Widstrand - WWF

Le chasseur inuit Thomas Nutararearq, équipé de vêtements en peau de caribou et de sa carabine de chasse , île de Baffin, Nunavut, Canada. © Staffan Widstrand – WWF