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Énergie renouvelable : c’est faisable

Le WWF veut aider le Canada à atteindre la cible de 100 % d’énergies renouvelables d’ici 2050

« Pour arriver à bon port, il faut naviguer, pas jeter l’ancre. Avancer, ne pas dériver. » ~ Franklin D. Roosevelt

Si nous voulons nous attaquer aux dangers actuels et futurs qui menacent notre environnement, notre économie, nos infrastructures, notre santé et notre société, nous devons être audacieux, faire confiance à nos capacités et incarner la vision d’un avenir meilleur pour tous.

Éoliennes près de Cowley, dans le sud de l’Alberta, Canada. © Patricia Buckley / WWF-Canada

Éoliennes près de Cowley, dans le sud de l’Alberta, Canada. © Patricia Buckley / WWF-Canada

C’est ce que des provinces et États, des municipalités, des entreprises et des citoyens – au Canada et dans le monde entier – font en ce moment même. Des gens qui passent à l’action pour protéger l’environnement, des entreprises qui réduisent leurs émissions de GES, des administrations qui adoptent des politiques innovantes visant l’abandon des combustibles fossiles. Individuellement et collectivement, nous pouvons commencer par réduire notre consommation d’énergie, et les occasions de le faire, au Canada, sont aussi variées qu’abordables économiquement, mais trop souvent sous-exploitées. Des initiatives comme le projet Tower Renewal de Toronto montrent que de petits ajustements des politiques gouvernementales, en collaboration avec le secteur privé, peuvent aider à réduire considérablement la consommation d’énergie.

Mais ces améliorations, petites ou grandes, trouvent aussi leurs détracteurs. Des gens raisonnables, inquiets des risques du changement, qui espèrent que les choses vont aller mieux d’elles-mêmes si on continue comme avant.

Ils posent des questions comme : « Et si les scientifiques se trompaient à propos des changements climatiques? » Ou : « Possède-t-on la technologie adéquate et n’est-elle pas trop coûteuse? » Et même : « Vous voulez qu’on abandonne l’électricité pour retourner à l’âge des ténèbres? »

Heureusement, grâce aux données scientifiques irréfutables et aux progrès des technologies de production et de stockage des énergies renouvelables, ce genre de question s’entend de moins en moins souvent. Mais elles reviennent quand même nous hanter, parfois, et à l’occasion du Jour de la Terre, j’aimerais encore plaider la cause d’un avenir fondé sur les énergies renouvelables et dire pourquoi j’ai confiance en notre capacité de le réaliser.

Je trouve que le manque de vision et la peur du changement manifestés par certaines personnes sont non seulement tristes, mais imbus de mauvaise foi. Comme ces gens qui, il y a une trentaine d’années, disaient que l’Afrique ne disposerait jamais de service téléphonique accessible à tous parce que les fils coûtaient trop cher à installer. Bien sûr, on sait aujourd’hui que le sans-fil a rendu ce genre d’investissement inutile et a mis par le fait même une couverture téléphonique quasi intégrale à la portée de vastes continents, même des plus pauvres.

Ceux qui se portent à la défense d’une transition vers les énergies renouvelables, en font la promotion et y travaillent, ne sont pas que des écolos rêveurs. Ce sont des innovateurs, des savants, des chefs d’entreprise, des économistes et des leaders mondiaux. Des gens qui, comme nous, voient les conséquences de notre mode de vie axé sur les combustibles fossiles et travaillent à la mise en œuvre de nouvelles solutions.

Première objection, le coût : « La transition aux énergies renouvelables ne sera-t-elle pas trop chère? »

Non, et elle pourrait même nous faire économiser de l’argent. Quand il est question du prix de l’énergie, on oublie, trop souvent à dessein, de parler des importantes subventions gouvernementales versées au secteur des hydrocarbures. Selon un document (en anglais seulement) publié en janvier 2013 par le Fonds monétaire international, les subventions aux industries des combustibles fossiles, au Canada seulement, dépassent les 34 milliards de dollars par année. À l’échelle mondiale, c’est près de deux mille milliards de dollars. Pourtant, malgré cette inégalité, le Fonds mondial pour la nature (WWF) a démontré (rapport en anglais seulement) qu’à l’échelle commerciale, les énergies renouvelables comme l’hydroélectricité, l’éolien, la géothermie et, dans certains cas, le solaire peuvent maintenant rivaliser, au plan des prix, avec le pétrole et le gaz naturel. À cela s’ajoute le fait que le coût des infrastructures d’énergie verte ne cesse de décroître à mesure que les technologies s’imposent – de 2010 à 2013, le prix de l’énergie solaire photovoltaïque a chuté de 60 %. De plus, les énergies renouvelables créent davantage d’emplois par année que les combustibles fossiles, soit de 1,5 à 7,9 fois plus d’emplois par unité de production d’électricité. Bref, l’avenir des énergies vertes est prometteur, n’en déplaise aux sceptiques!

Deuxième objection, le bon moment : « On ne peut pas adopter les énergies renouvelables, on n’est pas encore prêts. »

En 2011, en collaboration avec des économistes mondialement réputés, le WWF a tracé la feuille de route pour que 100 % des énergies utilisées dans le monde soient renouvelables d’ici 2050. On se donnait 39 ans pour faire cette transition. Nous ne croyons pas que les choses peuvent changer du jour au lendemain, mais nous savons que, pour faire une réelle différence, nous devons commencer dès aujourd’hui à bâtir l’avenir que nous souhaitons.

Regardez à quelle vitesse les choses peuvent changer. Les technologies évoluent, les prix chutent, des solutions sont trouvées. Nous transportons presque tous dans notre poche un ordinateur miniature qui, il y a à peine 35 ans, aurait été inimaginable. Pensez-y!

Voici quelques exemples de ce qu’il est possible de faire avec un peu d’audace :

  • L’Ontario s’est affranchi du charbon (qui produisait 25 % de l’énergie de la province) en moins de 10 ans.
  • En 2013, le Danemark tirait déjà plus de 35 % de son électricité du vent et du soleil.
  • En Norvège, un nouveau véhicule sur cinq est électrique (il y en a 50 000 à ce jour sur les routes d’un pays d’un peu plus de cinq millions d’habitants), tirant parti de l’électricité de source renouvelable du pays.

Aujourd’hui, plus de 62 % de l’énergie au Canada vient de sources renouvelables (57 % d’hydroélectricité et 5,5 % d’autres sources). Nous sommes donc bien placés pour être les chefs de file mondiaux de cette transition.

Enfin, dernière objection, la fiabilité : « Comment avoir de l’électricité la nuit ou quand il n’y a pas de vent? »

Dans plusieurs pays, on jumelle l’énergie verte intermittente (solaire et éolienne) à celle d’autres sources renouvelables ainsi qu’à des accumulateurs pour assurer la fiabilité du réseau. L’Espagne (plus de 30 % d’énergie renouvelable), le Danemark (plus de 40 % d’énergie renouvelable), l’Allemagne (plus de 25 % d’énergie renouvelable) et l’Irlande (plus de 20 % d’énergie renouvelable) font tous la démonstration de ce qu’il est possible de faire en augmentant l’efficacité énergétique, en améliorant la gestion de la demande, en accroissant les capacités de stockage d’énergie et en créant d’autres sources renouvelables (excluant l’hydroélectricité dans ces cas).

L’inquiétude est bien compréhensible, face aux changements actuels et à venir du portrait économique et énergétique mondial, mais nous ne pouvons nous permettre d’errer, de jeter l’ancre dans le passé ou d’aller à la dérive. Il nous faut être audacieux et agir dès maintenant, avancer sur la voie des énergies renouvelables et de l’avenir, ou risquer d’être laissés en plan, loin derrière les meneurs de la lutte aux changements climatiques. Et cela, nous ne pouvons pas nous le permettre.