WWF-Canada Blogue:
Accueil

Bâtir un monde où les humains pourront vivre en harmonie avec la nature


Mer de Beaufort : Imperial Oil ne demandera pas d’exemption aux normes de sécurité

Le 26 juin dernier, la pétrolière Imperial Oil – au nom de ses partenaires BP et ExxonMobil – a informé l’Office national de l’énergie qu’elle ne demanderait finalement pas d’exemption à la politique de puits de secours disponible au cours de la même saison, comme elle l’avait auparavant fait entendre. De la même manière, Chevron a indiqué qu’elle abandonnait sa demande d’exemption en décembre dernier. Cela signifie que, pour l’instant du moins, deux contestations à l’endroit des mesures de précaution exigées par l’Office sont levées. Bonne nouvelle!

Plate-forme de forage en mer reliée à la terre ferme par un pont dans la mer de Beaufort, Alaska, États-Unis. © National Geographic Stock / James P. Blair / WWF

Plate-forme de forage en mer reliée à la terre ferme par un pont dans la mer de Beaufort, Alaska, États-Unis. © National Geographic Stock / James P. Blair / WWF

Le WWF travaille, depuis plusieurs années, avec l’organisme Ecojustice afin de défendre l’exigence du puits de secours et, jusqu’à cette annonce d’Imperial Oil, nous étions prêts à monter aux barricades de nouveau. Nous ne savons pas ce que les pétrolières auraient présenté comme solution de rechange si elles avaient choisi de persister dans leurs demandes d’exemption. Mais, ce que nous savons, c’est qu’il n’a jamais été démontré de manière satisfaisante qu’il serait responsable d’effectuer des forages en mer dans l’Arctique sans disposer du filet de protection qu’offrent les puits de secours disponibles au cours de la même saison.

Un tel puits constitue le seul procédé que nous connaissons qui permettrait de stopper une éruption dans un puits de pétrole pendant la même saison d’opérations en Arctique, dans l’éventualité où échouerait le bouchage de ce même puits. Le puits de secours disponible au cours de la même saison réduit le risque intolérable d’une éruption qui s’étirerait sur plusieurs années, ainsi que des terribles conséquences environnementales, économiques et sociales qu’une telle éruption causerait. Pour en apprendre plus sur la manière dont pourrait s’étendre un déversement de pétrole dans cette région, visitez arcticspills.wwf.ca (en anglais seulement).

Ces décisions signifient en outre que les plans de forages exploratoires dans la mer de Beaufort sont repoussés jusqu’à nouvel ordre. Pourquoi les pétrolières ont-elles changé d’idée? On ne peut que spéculer sur leurs motivations. Ceci dit, je crois qu’il y a deux aspects à la réponse. Pour comprendre le premier, il faut tirer quelques leçons du passé. Et pour comprendre le second, il faut tourner notre regard vers l’avenir.

Le village de Ulukhaktok (NT), sur la côte ouest de l’île de Victoria. On aperçoit le brise-glace CCGS Louis St-Laurent dans le port. © Dan Slavik / WWF-Canada

Le village de Ulukhaktok (NT), sur la côte ouest de l’île de Victoria. On aperçoit le brise-glace CCGS Louis St-Laurent dans le port. © Dan Slavik / WWF-Canada

Il y a maintenant cinq ans, les pétrolières entendaient plaider devant l’ONÉ que l’exigence du puits de secours disponible pendant la même saison devrait être abolie. L’argument de fond pour l’industrie, c’est que cette exigence de sécurité rendrait les forages en mer trop onéreux. Mais avant que les audiences à ce sujet aient lieu devant l’ONÉ, la plate-forme de forage Deepwater Horizon de BP, dans le golfe du Mexique, a explosé. Dans la foulée de cet événement tragique, l’Office a annulé les audiences et, en lieu et place, a décidé d’analyser la sécurité des forages en Arctique de manière plus large.

Ayant eu la chance de s’exprimer sur le sujet, le WWF a plaidé que l’ONÉ devrait impérativement conserver l’exigence du puits de secours, ce qu’il a fait. L’Office a aussi offert à l’industrie la chance de proposer des solutions de rechange, si elle était en mesure de démontrer que ces solutions répondaient ou dépassaient les exigences de sécurité demandées. Ce qui nous ramène au mois dernier, et à l’abandon des pétrolières de cette occasion d’offrir des garanties alternatives. L’industrie aurait-elle fini par reconnaître le fait qu’aucun assemblage de dispositifs sous-marins, tels que les blocs obturateurs de sécurité, ne peut agir aussi efficacement qu’un puits de secours dans la même saison d’exploitation?

Ensuite, il y a la question de l’avenir incertain de l’exploitation pétrolière en Arctique. Le pétrole issu de cette région est plus cher que les autres, pour une variété de raisons. Personne ne sait si le prix du baril augmentera suffisamment dans l’avenir pour rendre le pétrole arctique rentable. Personne ne sait la vitesse à laquelle la demande pour le pétrole s’effritera, alors que l’humanité commence à prendre des mesures pour contrer les effets des changements climatiques. Ces incertitudes, combinées aux contraintes environnementales et au prix élevé du pétrole arctique, font en sorte que les perspectives d’affaires y sont plutôt nébuleuses.

À la lumière de ces ambiguïtés, le moment est venu de miser sur un développement économique en harmonie avec la nature dans le Grand Nord, en tournant le dos aux faux-fuyants de la richesse pétrolière de l’Arctique. Nous avons besoin d’une planification réaliste et durable de la croissance économique, de l’emploi et de la prospérité pour les communautés de la région. Notre argument est le suivant : les gens du Nord ne devraient jamais avoir à mettre leur patrimoine et leur environnement en péril pour gagner leur vie.