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Rivière Skeena : Mesurer les effets cumulatifs

Par Sharlene Shaikh, conseillère en recherche et planification marine et côtière, WWF-Canada

On retrouve dans le nord de la Colombie-Britannique l’une des plus longues rivières et l’un des plus grands estuaires de la province. La rivière Skeena, libre d’entraves de son cours supérieur jusqu’à la mer, ainsi que son estuaire très fertile, constituent un écosystème remarquable. Ce moteur de la nature et de l’économie locale permet à de nombreuses personnes et à de nombreuses espèces de prospérer. Il s’agit d’un emblème économique, récréotouristique et culturel de grande valeur.

Alors que l’écosystème de la rivière Skeena est demeuré relativement intact durant plusieurs années, les choses pourraient changer rapidement. La région est l’objet de beaucoup d’intérêts industriels et commerciaux. Plusieurs projets de développement sont dans les cartons, incluant des infrastructures de transport pour le gaz naturel liquéfié (GNL), des mines, des oléoducs, des gazoducs, ainsi que l’expansion des activités de transport maritime intrinsèques à ces projets.

La rivière Skeena et ses rivages en milieu forestier, près de Prince Rupert, Colombie-Britannique, Canada. © Mike Ambach / WWF-Canada

La rivière Skeena et ses rivages en milieu forestier, près de Prince Rupert, Colombie-Britannique, Canada. © Mike Ambach / WWF-Canada

L’empreinte écologique de ces infrastructures et de ces activités humaines engendrera du stress pour l’environnement naturel de la région. Si les impacts de chaque projet, pris individuellement, sont en soi relativement mineurs, c’est l’effet cumulatif de l’ensemble qui pourrait avoir de graves conséquences. En fait, c’est la capacité de l’écosystème à maintenir son équilibre et son état de santé qui est en jeu. Il est impératif que nous nous mettions au travail pour mieux comprendre et mieux gérer ces effets cumulatifs. Voilà le constat du vérificateur général de la Colombie-Britannique tel qu’offert dans son récent rapport, qui a spécifiquement identifié la région de la Skeena comme point chaud en ce qui a trait aux effets cumulatifs.

L’an dernier, le Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada) a amorcé un projet d’examen des effets cumulatifs, afin de quantifier les menaces posées sur la rivière Skeena et son estuaire par les changements climatiques et l’augmentation de l’activité humaine. Nous avons concentré nos efforts sur quatre espèces particulièrement importantes, tant écologiquement que culturellement : l’eulakane (aussi appelé poisson-chandelle), la zostère, le saumon Chinook et l’épaulard résident du Nord. Les impacts sur le bien-être de ces espèces-clés constituent de bons indicateurs des menaces globales qui pèsent sur l’ensemble de leur écosystème. De plus, ces espèces en particulier revêtent une grande importance, culturellement et économiquement, pour les communautés côtières et les Premières Nations de la région. Par exemple, la rivière Skeena possède les meilleurs stocks de saumon de la Colombie-Britannique. L’abondante montaison de ce poisson à cet endroit constitue l’épine dorsale des pêcheries récréatives, commerciales et traditionnelles dans la région.

C’est grâce au partage des connaissances entre plus de 50 experts, tant des scientifiques que des gens de la communauté détenant un grand savoir traditionnel, que nous avons pu en apprendre plus sur la vulnérabilité de ces espèces par rapport à une série de menaces. La prochaine étape, c’est de combiner ce savoir avec les données actuelles et les prévisions de croissance de l’activité humaine dans la région. Ainsi, nous pourrons mieux comprendre et mieux communiquer les impacts de l’industrialisation.

Les fruits de ce travail nous aideront à faire la promotion d’une bonne planification de l’aménagement et de l’usage du territoire et de l’eau en Colombie-Britannique. Et pas seulement pour nos espèces emblématiques! L’ensemble des espèces – y compris l’humain! – profitera d’un écosystème bien géré et en équilibre. Les autorités, informées des principaux facteurs de stress pour l’écosystème et d’où ils ont un effet, peuvent prendre de meilleures décisions en ce qui concerne les projets de développement à approuver ou non. Elles peuvent aussi agir pour réduire au minimum les dégâts environnementaux.

En développant de tels outils, basés sur la science, afin de mieux comprendre les effets cumulatifs, le WWF-Canada travaille à protéger la région de la Skeena et tout ce qu’elle représente, maintenant et pour le futur.