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Un moment de silence pour l’Arctique

Un moment de silence a été observé au début du Sommet énergétique de l’Arctique à Fairbanks, en Alaska, ce lundi 28 septembre, en réponse à l’annonce soudaine de Royal Dutch Shell (Shell) d’abandonner l’exploration pétrolière au large de l’Alaska « pour l’avenir rapproché ». L’annonce de Shell est tombée comme une bombe et a surpris tout le monde. Le silence dans la salle de séance plénière – salle qui sert aussi d’aréna de hockey – était surréaliste. Je me demandais : serait-ce la fin du pétrole extracôtier dans l’Arctique?

Glaces fondant dans la baie Bull Seal en juin, île St. Matthew, Alaska, États-Unis d'Amérique © Kevin Schafer / WWF

Glaces fondant dans la baie Bull Seal en juin, île St. Matthew, Alaska, États-Unis d’Amérique © Kevin Schafer / WWF

Jusqu’à présent, les déclarations publiques de Shell ont toujours exprimé une détermination sans faille à aller de l’avant avec son programme d’exploration, même si les coûts et les risques de l’entreprise augmentaient à un rythme alarmant. Dans les sept dernières années, la société a dépensé sept milliards de dollars et n’a pas trouvé l’huile. Leur saison d’exploration 2012 a été une chaîne désastreuse d’accidents embarrassants et dangereux, dont le désormais célèbre échouage du navire de forage Kuluk, sans parler de celui du Discoverer-Noble. L’entreprise a été condamnée à une amende par l’Environmental Protection Agency, critiquée par la Garde côtière américaine, et emmenée au tribunal par les opposants.

Combien de temps une entreprise peut supporter une telle atteinte à sa réputation? Combien de temps peut-on jeter l’argent par les fenêtres? Nous avons maintenant la réponse. Ne trouvant pas de pétrole cet été, Shell a finalement jeté l’éponge. Est-ce la fin de l’exploration pétrolière en mer dans l’Arctique pour de bon? Je serais très surpris d’entendre toutes les compagnies pétrolières affirmer catégoriquement qu’ils tournent le dos à la recherche de pétrole au large des côtes de l’Arctique une fois pour toutes, mais les choses pourraient changer. Les prix de l’extraction du pétrole sur la terre ferme sont une fraction du coût de production dans l’Arctique, mais la situation pourrait un jour rebondir. La surabondance internationale actuelle du pétrole pourrait diminuer, et ainsi causer un regain de l’intérêt financier pour cette source de pétrole. Dans l’une ou l’autre de ces situations, Shell pourrait dépoussiérer ses ambitions et se lancer une fois de plus sur l’exploration pétrolière en mer dans l’Arctique.

À moins que l’on révèle – et c’est ce que j’espère – que la combinaison de l’abondance et du bas prix du pétrole de l’OPEP avec l’accélération des efforts pour adopter des solutions de rechange aux combustibles fossiles signifie que le rêve du pétrole de l’Arctique est vraiment terminé. Dans ce cas, la demande de l’hôte d’observer un moment de silence sera un jour considéré comme le geste approprié.

Le retrait de Shell de l’Arctique fait suite aux annonces canadiennes d’Imperial Oil et de Chevron abandonnant leurs plans d’aller devant le Conseil national de l’énergie pour plaider une exemption aux normes de sécurité pour l’exploration pétrolière en mer (ce que le WWF a ardemment défendu pendant des années). Par contre, ils n’ont pas tout à fait lâché prise encore. Ils continuent à faire pression sur le gouvernement pour prolonger leurs permis d’exploration, et ainsi gagner du temps, dans l’espoir que quelque chose change.

Banquise et bois flotté, mer de Beaufort, Yukon, Canada © Monte HUMMEL / WWF-Canada

Banquise et bois flotté, mer de Beaufort, Yukon, Canada © Monte HUMMEL / WWF-Canada

Tous ces volte-face et ces retards soulignent le fait que les entreprises ne semblent pas pouvoir forer dans l’Arctique de façon sécuritaire. Les mésaventures de Shell ont démontré tout le contraire : érosion de la confiance dans leur engagement et de leur capacité à agir de manière responsable. La dernière proposition de Shell d’explorer au large des côtes de la Nouvelle-Écosse sans accès rapide à des valves de sécurité démontre, encore une fois, que l’entreprise est prête à risquer la vie et les écosystèmes de deux communautés pour pétrole.

Nous comprenons que les gens qui avaient l’espoir de faire un jour fortune avec le pétrole de l’Arctique sont attristés par l’annonce de Shell. Il est difficile de renoncer à un rêve, même quand il est si près de devenir un cauchemar. Par contre, cette annonce signifie que le risque d’un déversement majeur de pétrole dans l’Arctique a reculé – pour l’avenir rapproché du moins – et, pour cela, j’en suis reconnaissant.

L’Arctique est un endroit magnifique, hostile et fragile. C’est aussi l’habitat de gens remarquables qui dépendent de l’abondance des ressources de ce territoire. Faisons en sorte que ça reste comme ça!