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« Moment historique pour le Nunavut » au Sommet sur les énergies renouvelables

De gigantesques saules pleureurs poussant au nord de la limite forestière. Des épaulards dans des baies auparavant inaccessibles en raison de la glace. Des grues et autres oiseaux qu’on ne voyait jamais à une aussi haute altitude auparavant.

Les Inuits ont partagé leurs expériences concrètes des changements climatiques dans les conversations et groupes de discussion au Sommet sur les énergies renouvelables de l’Arctique qui vient de se terminer à Iqaluit, après avoir fait le voyage de Sanikiluaq (56.5° N), Rankin Inlet (62.8° N), Hall Beach (68.8° N) et autres communautés éloignées pour être entendus par les ministères des Affaires autochtones et du Nord Canada, de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, ainsi que par leur propre gouvernement territorial du Nunavut.

Ils voulaient avoir voix au chapitre. Alors nous avons choisi d’aller les rejoindre à plus de 2 000 kilomètres au nord.

Aerial view of the Inuit community of Rankin Inlet (also known as Kangiqiniq) on Hudson Bay, Nunavut, Canada.

Vue aérienne de la communauté éloignée de Rankin Inlet (également connue comme Kangiqiniq) dans la baie d’Hudson, Nunavut, Canada. © Peter Ewins / WWF-Canada

Le sommet, organisé par le Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada) et co-organisé par le gouvernement du Canada, le gouvernement du Nunavut et la Société d’énergie Qulliq (compagnie d’électricité exploitée par le gouvernement pour le Nunavut), a été créé dans le but d’explorer les défis et opportunités impliqués dans le développement d’énergies renouvelables respectueuses de l’habitat dans le Nord. L’objectif : franchir un pas important vers la réduction de la dépendance des communautés arctiques face au diesel pour des raisons économiques, environnementales et de santé humaine. Moins de diesel signifie moins d’émissions de carbone (qui sont élevées par habitant au Nunavut), moins de risques de déversements dans des communautés qui ne sont pas équipées pour nettoyer, et moins de pollution liée à la suie (qui atterrit sur la neige et la glace, attire le soleil et accélère la fonte, nuit à la qualité de l’air dans un environnement qui devrait être immaculé).

Pour la première fois, les représentants du gouvernement et les dirigeants des communautés se sont joints aux douzaines d’experts juridiques, politiques et des services au même endroit pour discuter des réalités sur le sevrage du diesel dans les communautés arctiques et sur les énergies renouvelables respectueuses de l’habitat.

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Installation d’entreposage du diesel dans le hameau d’Arviat. © Peter Ewins / WWF-Canada

Nous avons appris grâce à Gwen Holdmann, directrice du Alaska Center for Energy and Power, que 70 % d’environ 200 communautés éloignées dans son État dépendent actuellement majoritairement des énergies renouvelables comme source principale d’énergie. Grâce à William Thomson, gestionnaire des opérations de la Alaska Village Electric Cooperative, nous connaissons maintenant les erreurs à ne pas reproduire et les défis auxquels ils ont été confrontés sur la route de la réussite.

Nous avons découvert grâce à la chercheure russe Mariia Iakovleva que les communautés sibériennes éloignées dépendent maintenant de sources d’énergies propres pour la production d’électricité. Et le président de la Tuqliq Energy Co., Laurent Abbatiello, nous a fait part d’un exemple réussi au Canada : sa compagnie a mis sur pied le système éolien utilisé par la mine Raglan au Nunavik, dont le propriétaire est Glencore.

La fiabilité n’est clairement plus un enjeu.

Les coûts non plus. Le Waterloo Institute for Sustainable Energy nous a partagé sa dernière publication commandée par le WWF-Canada. L’institut a constaté que d’importantes économies proviennent de l’utilisation des énergies renouvelables pour minimiser celle de génératrices au diesel désuètes.

Avec les histoires à succès, les bases d’une solide étude de rentabilité, une direction vers des changements de politiques, un apport communautaire et des composantes clés pour la faisabilité d’une solution énergétique propre à l’échelle de la communauté, le momentum pour les énergies renouvelables et l’excitation pour l’innovation connaîssent un essor véritable.

Dans un discours passionné, le ministre de l’Énergie et de l’Environnement du Nunavut Joe Savikataaq a annoncé l’engagement de son gouvernement envers la création d’un secrétariat territorial sur les changements climatiques. Le WWF-Canada a annoncé le lancement d’un fonds pour une formation sur les énergies renouvelables respectueuses de l’habitat destiné aux communautés arctiques, afin de dynamiser l’expertise locale et le développement économique, commençant avec 25 000 $ et invitant les autres à donner. Quelques heures plus tard, un donateur anonyme avait déjà donné 5 000 $.

La Société d’énergie Qulliq a annoncé qu’elle allait lancer un programme de facturation nette au printemps 2017 (article en anglais), ouvrant ainsi la porte à d’autres sources d’énergie que le diesel en autorisant les énergies renouvelables dans le réseau. Cela peut sembler être un petit pas, mais l’importance de ces progrès ne doit pas être sous-estimée.  Le Nunavut doit prendre des décisions majeures concernant le remplacement de ses infrastructures au diesel désuètes et décrépites, ainsi le moment ne pourrait être mieux choisi. Le Nunavut doit investir dans l’énergie propre pour les prochaines générations, et le choix est clair.

Comme la ministre des Affaires autochtones et du Nord Carolyn Bennett l’a écrit dans sa lettre d’appui au sommet, « le budget 2016 propose 10,7 $ millions sur deux ans pour mettre sur pied des projets d’énergies renouvelables dans les communautés autochtones et nordiques hors réseau qui dépendent du diesel et des autres combustibles fossiles pour se chauffer et générer de l’électricité. Le premier ministre et le président des États-Unis se sont aussi récemment engagés à développer un plan, avec des partenaires, pour le développement de projets novateurs dans le domaine des énergies renouvelables et de solutions de remplacement efficaces au diesel, et à faire avancer l’adaptation communautaire aux changements climatiques. »

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David Miller devant l’usine génératrice diesel, lors de sa récente visite à Iqaluit pour le Sommet sur les énergies renouvelables de l’Arctique. © Brandon Laforest / WWF-Canada

Suite au sommet, nous sommes en discussions afin de former un partenariat pour accélérer le développement des énergies renouvelables respectueuses de l’habitat dans les communautés nordiques éloignées.

Tel que mentionné par un des aînés présents, le sommet marque un « moment historique pour le Nunavut ».

Maintenant, nous allons bâtir sur ce momentum et avec nos partenaires des gouvernements et des dirigeants des communautés, tous ensemble nous pourrons écrire un chapitre plus propre dans l’histoire du territoire.