WWF-Canada Blogue:
Accueil

Bâtir un monde où les humains pourront vivre en harmonie avec la nature


Stupeur en Colombie-Britannique et dans le reste du pays : La Commission d’examen approuve le projet d’oléoduc au pays du Grand Ours

Les Citoyens pour la protection du Grand Ours, des milliers de citoyens préoccupés et nous tous, au WWF-Canada, sommes aujourd’hui consternés par le rapport de la Commission d’examen conjoint du projet Northern Gateway qui recommande l’approbation du projet d’oléoduc et de terminal pour superpétroliers proposé par Enbridge. Même si la Commission a cherché à colmater les nombreuses brèches du projet d’Enbridge en imposant plusieurs conditions à sa réalisation, la menace demeure : l’arrivée de superpétroliers dans la zone marine du Grand Ours exposera les côtes de la Colombie-Britannique au risque de déversements impossibles à gérer, avec toutes les conséquences désastreuses que cela entraînerait.

 Humpback whale, Great Bear Rainforest, British Columbia, Canada

Un rorqual à  bosse expose sa double nageoire caudale avant de replonger dans les profondeurs de la zone marine du Grand Ours, en Colombie-Britannique
(c) Natalie Bowes, WWF-Canada

Imaginez du bitume dilué se répandant sur des centaines de kilomètres de rivage jusqu’au fond des baies et des fjords, semant la mort au sein d’espèces marines en voie de rétablissement comme le rorqual à bosse, chez les épaulards et les baleines, les oiseaux de mer et les précieux saumons. Cette côte unique au monde est aussi la terre ancestrale de peuples des Premières Nations qui y trouvent leur subsistance depuis des millénaires. Un tel désastre bouleverserait tous ceux qui dépendent de cet écosystème pour la pêche, le tourisme ou la mise sur pied d’une industrie émergente d’énergie océanique renouvelable. On a déjà vu ce qu’une catastrophe de ce genre, comme le naufrage de l’Exxon Valdez, peut faire : les dommages sont énormes et persistants. N’a-t-on rien appris de cette terrible leçon?

 Rares sont ceux qui auront la chance de voir de leurs propres yeux l’immense gueule d’une baleine soufflant à la surface de l’océan sur arrière-plan de caps rocheux et d’arbres majestueux dans le Whale Channel. Encore plus rares ceux qui auront le privilège d’apercevoir un fabuleux ours Esprit s’immobilisant un instant sur un tronc couvert de mousse pour humer l’air de la forêt pluviale. Combien d’entre nous sauraient expliquer les liens étroits que tisse le saumon entre l’océan et les aigles, les corbeaux, les loups de la côte et les humains qui peuplent la région du Grand Ours? Qui connaît bien l’histoire séculaire et la vitalité de ces Premières Nations qui dépendent depuis des millénaires du varech, des saumons, des œufs de poisson déposés sur les algues, des eulakanes et d’une multitude d’autres espèces marines pour se nourrir? On ne peut rester indifférent à la splendeur majestueuse de ce lieu à nul autre pareil. La région du Grand Ours, à l’instar de tous ces endroits exceptionnels sur Terre où la nature a encore ses droits, fait partie de notre patrimoine. Comme bien des Canadiens, je comprends l’importance des enjeux dont il est question ici et j’estime qu’il nous incombe de préserver ce précieux héritage pour les générations futures.

Kermode bear, Great Bear Rainforest, British Columbia, Canada
Le rare Ours Esprit, ou Ours Kermode, unique à la région du Grand Ours. Un ours noir au pelage blanc.
(c) WWF-Canada

 L’industrie entend exporter son pétrole et dit bien ce qu’elle veut pour obtenir ce qu’elle désire. Ses promesses de mettre la sécurité en tête de ses priorités et de créer des capacités d’intervention en cas de déversement qui seront de « calibre mondial », on les connaît par cœur. Et après chaque désastre écologique qui s’ensuit, on voit l’industrie passer sans heurt à la vitesse « spin » pour faire porter le blâme aux autres et limiter sa propre responsabilité financière, comme en témoigne cet excellent reportage (en anglais) du New York Times sur les suites de l’Exxon Valdez 25 ans plus tard. Commentant les plans d’intervention d’Enbridge en cas de fuite ou de déversement de bitume dilué, le représentant du gouvernement de la Colombie-Britannique à la Commission a conclu : « “Faites-nous confiance”, ça ne suffit pas ici. »

 Le fait est que l’état de préparation de la Colombie-Britannique à l’éventualité d’un accident est terriblement inadéquat face aux risques existants, selon un rapport (en anglais) du ministère de l’Environnement de la province, encore moins en regard des risques associés aux centaines de superpétroliers que prévoit le projet d’Enbridge. Récupérer du pétrole en mer est extrêmement difficile, parfois impossible. Comme l’a déclaré le PDG d’ExxonMobile Rex Tillerson lors de l’enquête du congrès des États-Unis sur la catastrophe de la plate-forme de BP dans le golfe du Mexique en 2010, « l’accent est mis sur la prévention de tels accidents parce que, quand ils se produisent, nous ne sommes pas assez bien équipés pour y faire face. » Effectivement. La plus grande proportion du pétrole n’est jamais récupérée. Les déversements de pétroliers sont impossibles à gérer.

ExxonOilSpill_Map_19122013_v1
La zone du déversement de l’Exxon Valdez couvrait plus de 200 000 kilomètres carrés de la côte de l’Alaska. Un déversement de semblable taille est représenté sur cetet carte de la côte de la Colombie-Britannique.
Note: Ce n’est pas un modèle de trajectoire en cas de déversement d’un déversement sur ​​la côte de la C.-B.

 Les gens sensés comprennent que le risque fait partie de la vie, mais ils savent faire la part des choses entre les risques qu’il faut prendre pour réaliser l’essentiel et ceux qu’on ne doit pas prendre parce que les conséquences sont inacceptables. Le passage de superpétroliers dans la zone marine du Grand Ours est inacceptable. Quand on possède quelque chose qui n’a pas de prix, on ne laisse personne la menacer.

 Le gouvernement du Canada a maintes fois répété qu’il n’approuvera un projet que s’il est sûr pour les Canadiens et pour l’environnement. La société Enbridge n’a pas réussi à faire la démonstration qu’elle pouvait transporter du bitume dilué des gisements de l’Alberta jusqu’à la côte de la Colombie-Britannique en toute sécurité par oléoduc, ni par superpétrolier de la côte jusqu’aux marchés asiatiques. Le projet d’Enbridge, même tempéré par les conditions que recommande la Commission d’examen conjoint, menace l’environnement et le bien-être des gens. Nous demandons au gouvernement de le rejeter.


Laisser un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *