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Bâtir un monde où les humains pourront vivre en harmonie avec la nature


Savez-vous reconnaître l’envahisseur?

Savez-vous ce qu’ont en commun la marguerite, la coccinelle et l’étourneau? Si à première vue, ces espèces semblent bien différentes, elles partagent une caractéristique fort importante : toutes ces espèces ont été introduites au Québec par l’humain.

On estime qu’aujourd’hui, environ 30 % des plantes et des animaux de la province sont exotiques, c’est-à-dire que leur aire de répartition naturelle se trouve à l’extérieur du pays. Ces espèces ont été introduites de façon volontaire ou accidentelle, puis elles ont élu domicile dans nos contrées. Et dans la plupart des cas, cela ne pose pas trop problème.

Cependant, dans certains cas, leur introduction déclenche un compte à rebours vers la catastrophe. Certaines espèces exotiques trouvent ici les conditions idéales pour se propager. Aucun des prédateurs, des parasites et des compétiteurs qu’elles ont l’habitude de rencontrer dans leur milieu naturel ne se trouvant au Québec. Résultat? Des plantes et animaux qui prospèrent et envahissent carrément leurs nouveaux écosystèmes, nuisant ainsi à la biodiversité indigène et engendrant des coûts astronomiques pour les municipalités, les résidents, les gouvernements. On les nomme alors « espèces exotiques envahissantes » ou EEE.

Pour vous aider à mieux reconnaître (et éviter) l’envahisseur, voici sept espèces exotiques envahissantes à savoir identifier – et deux espèces de chez nous qui font des ravages ailleurs.

1. L’agrile du frêne

Agrile du frêne, CC BY 2.0 USDA

Elle fait les manchettes depuis quelques années déjà. Ce coléoptère asiatique est arrivé au Québec en 2008, après avoir été introduit en Amérique du Nord via le transport du bois, dont la larve se nourrit, cachée sous l’écorce des arbres. Un frêne infesté meurt généralement en trois à cinq ans. Des milliers d’arbres en milieux urbains ont dû être abattus ces dernières années, transformant le paysage.

2. Le nerprun

Nerprun, CC Romain Neron

Agressif successeur, le nerprun profite des espaces vacants laissés par les frênes coupés. Ce grand arbuste a été introduit comme plante horticole, pour son allure et sa grande résistance. En milieu sauvage, il colonise très rapidement les sols forestiers, puisqu’il tolère bien l’ombre, et empêche alors les autres espèces végétales de pousser. Le nerprun a pris d’assaut le Mont-Royal en 1998, après que de nombreux arbres aient succombé à la crise du verglas. Depuis, les Amis de la montagne travaillent d’arrache-pied (ou d’arrache-nerprun!) pour contrôler l’étalement de cet arbuste exotique.

3. La renouée du Japon

Renouée du Japon, CC Dereckson

Comme le nerprun, la renouée du Japon a été introduite en Amérique du Nord à des fins horticoles. Elle se reproduit par les racines, ce qui la rend presque impossible à éradiquer d’un site. La renouée trouve son chemin au pied des murs, à travers le sol bétonné et parfois même à l’intérieur des maisons. Il faut plusieurs années – et beaucoup de travail méticuleux – pour affaiblir une colonie. L’excavation jusqu’à deux mètres de profond dans le sol et l’installation d’une géomembrane pour plusieurs années est souvent nécessaire. Le comité ZIP Jacques-Cartier assure un suivi de la renouée du Japon sur les rives du Saint-Laurent, dans la région de Montréal.

4. La moule zébrée

Moules zébrées, CC BY 4.0 from Wikimedia Commons by Thirdwavephoto

Bien connu des navigateurs et plaisanciers du Saint-Laurent, ce mollusque bivalve est responsable, à lui seul, de coûts récurrents d’environ 200 millions de dollars par année, au Canada. La moule zébrée a été importée par accident, via l’eau de ballast des bateaux de transport. En quelques années, elle s’est répandue dans les cours d’eau de l’est de l’Amérique du Nord, où elle cause d’importants dommages en s’agrégant dans les canaux et tuyaux, ou en recouvrant les équipements de bateaux.

5. La carpe asiatique

Carpe de roseau,CC BY-SA 3.0 from Wikimedia Commons By Rainer Lück

Les carpes asiatiques comprennent cinq espèces de carpe dont la plus inquiétante, dans nos eaux, est la carpe de roseau. Des individus élevés en aquaculture se seraient échappés, alors que d’autres auraient été volontairement relâchés en milieux naturels afin de contrôler la végétation aquatique. Il est vrai que la carpe de roseau est gourmande : elle peut dévorer chaque jour jusqu’à 40 % de son poids en matière végétale. Puisqu’elle peut atteindre une taille de 1,5 m et un poids de 50 kg, son impact dans nos cours d’eau n’est pas négligeable.

6. L’érable de Norvège

Érable de Norvège victime d’un champignon, CC Stian Danenbarger

C’est pour ses propriétés intéressantes en milieu urbain que l’érable de Norvège a été importé en Amérique du Nord au 18e siècle. Cet arbre tolère l’ombre et la pollution, et se reproduit très facilement, ce qui en a fait une espèce de choix en bordure de rue, notamment à Montréal dans les années 50. Malheureusement, l’érable de Norvège s’est révélé être un redoutable envahisseur. Sa tolérance à l’ombre lui permet de coloniser facilement les milieux forestiers qui l’entourent, devenant un important compétiteur pour l’érable à sucre. Depuis quelques années cependant, l’érable de Norvège est en proie à une maladie causée par un champignon : la tache goudronneuse de l’érable. Comme son nom l’indique, la maladie cause des taches noires sur les feuilles de l’arbre.

7. À nos portes : le kudzu

Le kudzu est déjà bien présent aux États-Unis, CC BY 2.0 Katie Ashdown

Plante originaire d’Asie et d’Océanie, introduite en Amérique pour sa croissance rapide et son solide système racinaire, le kudzu est une favorite des jardiniers et des horticulteurs. Cette vigne a été largement plantée, entre autres pour protéger les rives de l’érosion. On lui confère en outre des propriétés médicinales prisées. Ses qualités horticoles font cependant du kudzu un redoutable envahisseur. Désormais abondant dans le sud des États-Unis, la plante poursuit sa progression vers le nord. Au Canada, une seule occurrence de la plante a été rapportée, dans le sud de l’Ontario.

8. Envahisseurs de chez nous : la verge d’or et le castor

À gauche : verge d’or, CC BY 2.0 by Melissa McMasters. À droite : Castor © Tina Hurd. 

N’allons pas croire que l’Amérique du Nord est simplement victime des EEE. Cet enjeu est mondial et nos espèces indigènes ne font pas exception à la règle. Alors qu’ici nous encourageons la plantation de la verge d’or, en Europe et en Asie, elle menace la survie de plusieurs pollinisateurs.

Même l’animal emblème du Canada fait des ravages, lorsqu’introduit ailleurs. En Terre de Feu, au sud du Chili et de l’Argentine, le castor du Canada a été introduit au cours des années 1940 dans l’espoir d’installer le commerce de la fourrure. Aujourd’hui, le castor menace l’équilibre écologique de la Patagonie, où il saccage forêts et steppes.

 

S’il est difficile de prévoir aujourd’hui quelles espèces seront envahissantes demain, nous savons déjà que les changements climatiques et les échanges de plus en plus fréquents entre les pays ne freineront pas l’émergence de nouvelles espèces envahissantes. Si l’avenir de nos écosystèmes est incertain, de nombreux groupes travaillent à ralentir ces envahisseurs. Vous pouvez contribuer vous aussi en favorisant la plantation d’espèces indigènes et en vous impliquant dans des corvées de contrôle des EEE. Le Programme d’intendance environnementale (PIE) des amis de la montagne, par exemple, invite régulièrement les citoyen.ne.s à mettre la main à la terre afin de préserver la biodiversité du mont Royal.

 


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